Pour contrer les algues bleues, nationaliser les bandes riveraines

« C’est à la suite du visionnement il y a quelques mois du documentaire Nos lacs sous la surface, du réalisateur Pierre Brochu, que le député McKay a réalisé l’importance de créer une commission parlementaire sur le sujet.

«Le documentaire avait été tourné deux ans plus tôt et le constat que l’on faisait après le visionnement du film, c’est que rien n’avait changé. En fait, si une seule chose avait changé depuis le tournage, c’est que maintenant on n’entendait plus parler des algues bleues alors qu’à l’époque, c’était sur toutes les lèvres.»

RUE FRONTENAC, Jessica Nadeau, 28 août 2009

À quelques semaines de la commission parlementaire sur les algues bleues qui se tiendra cet automne à l’Assemblée nationale, l’instigateur de la commission, Scott McKay, exige des actions concrètes du gouvernement pour éradiquer, une bonne fois pour toutes, le problème de prolifération des algues bleues.

L’une des solutions, selon l’ancien chef du Parti Vert, consiste à s’attaquer au problème de l’agriculture non durable, montrée du doigt depuis des années comme étant l’une des principales causes de la prolifération des algues bleues.

«L’agriculture au Québec, comme à peu près partout en Amérique du Nord, s’est développée sur des bases non durables, rappelle le député de L’Assomption lors d’un entretien avec RueFrontenac.com. Mais attention, il ne faut pas montrer du doigt les agriculteurs, qui sont tributaires de tous les programmes gouvernementaux. C’est au gouvernement du Québec de mettre ses culottes et d’aider les agriculteurs pour que ceux-ci prennent un virage plus durable dans leurs pratiques.»

Comme l’a déjà proposé Thomas Mulcair du NPD à l’échelle canadienne, Scott McKay estime que pour s’assurer que les bandes riveraines sur les terres agricoles soient respectées, la meilleure solution réside dans la nationalisation des bandes riveraines. «L’idée c’est d’obliger chaque agriculteur à se doter d’une véritable bande riveraine et de les compenser pour la perte de revenu que cela représente. On peut acheter, louer ou compenser les agriculteurs pour cette partie de terrain qui servira à améliorer la qualité de nos cours d’eau. Si le bénéfice est important pour la société québécoise qui tient à ses cours d’eau, il faut mettre les agriculteurs de notre côté et les aider à développer des pratiques plus durables.»

Briser la loi du silence

C’est à la suite du visionnement il y a quelques mois du documentaire Nos lacs sous la surface, du réalisateur Pierre Brochu, que le député McKay a réalisé l’importance de créer une commission parlementaire sur le sujet.

«Le documentaire avait été tourné deux ans plus tôt et le constat que l’on faisait après le visionnement du film, c’est que rien n’avait changé. En fait, si une seule chose avait changé depuis le tournage, c’est que maintenant on n’entendait plus parler des algues bleues alors qu’à l’époque, c’était sur toutes les lèvres.»

Le principal responsable de cette baisse d’intérêt pour les cyanobactéries est, selon lui, la «loi du silence» imposée par la ministre de l’Environnement Line Beauchamp qui tente de cacher le problème» en ne rendant plus disponible la liste de tous les lacs affectés par les cyanobactéries, mais seulement ceux qui font l’objet d’un avertissement par la santé publique.

«On a évacué toute l’information sur l’état de santé des lacs, on ne sait plus combien de lacs sont touchés au fil de l’été, ce qui donne l’impression aux gens que le problème est réglé. Il fallait donc ramener le dossier au coeur de l’actualité et briser la loi du silence en s’assurant que des gestes concrets soient posés pour régler la situation; d’où l’importance d’une commission parlementaire.»

Interrogés sur les actions prises par le ministère pour contrer la prolifération des cyanobactéries, Scott McKay juge qu’aucun geste significatif n’a encore été posé par la ministre autre que des «shows de boucane» ou «opérations de relations publiques» comme la tournée et le sommet sur les algues bleues de 2007.

«Tout ce qu’on nous annonce, ce sont des études, du financement pour des plans qui ne viendront que plus tard, des projets-pilotes. Pour le reste, on annonce des politiques provinciales, de beaux principes dont l’application est remise entre les mains des municipalités qui n’ont pas les moyens de les mettre en application. Et pendant ce temps-là, on continue à intensifier le développement autour des lacs, ce qui fait qu’en bout de compte, le problème va continuer à s’aggraver.»

Paroles, paroles, paroles

Selon lui, il faut dans un premier temps briser la loi du silence et donner aux municipalités les moyens financiers et légaux pour faire respecter la politique de protection des rives et du littoral, quitte à éventuellement faire appliquer au gouvernement lui-même sa propre réglementation.

«Si on arrivait à faire appliquer réellement la réglementation en ce qui concerne les fosses septiques, les bandes riveraines, l’agriculture, le contrôle de l’érosion et la revégétalisation, on aurait déjà contrôlé une bonne partie du problème. Mais il faut le faire. Il faut arrêter de parler et le faire.»

Bien sûr, une commission parlementaire, c’est encore des paroles et des palabres. C’est loin des actions concrètes et significatives dont parle M. McKay avec tant d’enthousiasme. Et pourtant, c’est lui-même qui a commandé cette commission et qui a dû convaincre les libéraux qui la refusaient dans un premier temps. Alors, à quoi bon encore discuter en commission parlementaire, M. McKay ?

«Si on ne le fait pas, on sait que ça ne changera rien. On n’a pas le choix de brasser le gouvernement parce qu’on le voit, quand un sujet n’est pas au centre de l’opinion publique, le gouvernement ne fait rien. Et on n’a pas le droit de baisser les bras. Il faut faire tout ce que l’on peut pour faire bouger les choses.»

Scott McKay invite tous les citoyens à communiquer personnellement avec lui via le courriel et s’engage à exprimer leurs préoccupations sur cet «enjeu crucial» en commission parlementaire.



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